Calculer l'indemnité de licenciement est une obligation légale que tout employeur doit maîtriser. Une erreur de calcul expose la PME à un redressement aux prud'hommes. Ce guide détaille la formule légale 2026, les conditions d'application et des exemples concrets pour chaque profil de salarié.

1. L'ancienneté minimale requise

Depuis la loi Travail de 2017, le droit à l'indemnité légale de licenciement est ouvert dès 8 mois d'ancienneté ininterrompus. Cette condition est vérifiée à la date de notification du licenciement.

« Le salarié titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, licencié alors qu'il compte 8 mois d'ancienneté ininterrompus au service du même employeur, a droit, sauf en cas de faute grave, à une indemnité de licenciement. » Article L1234-9 du Code du travail
A noter : Avant la loi Travail de 2017, le seuil d'ancienneté était fixé à 1 an. Les conventions collectives conclues avant cette date ou certaines clauses contractuelles peuvent encore faire référence à ce seuil plus élevé. En cas de doute, vérifiez la date de la CCN applicable.
Attention : Aucune indemnité légale de licenciement n'est due en cas de faute grave ou de faute lourde. La qualification de la faute est déterminante — une erreur de qualification peut coûter cher à l'employeur devant les prud'hommes.

2. La formule légale de calcul

Le décret du 25 septembre 2017 a fixé la formule de calcul actuellement en vigueur. Elle distingue deux tranches d'ancienneté avec des taux différents.

Formule légale (depuis le décret du 25 septembre 2017)
→ Pour les années ≤ 10 ans d'ancienneté : 1/4 de mois de salaire par année
→ Pour les années > 10 ans d'ancienneté : 1/3 de mois de salaire par année
Formule complète :
(Salaire réf × 1/4 × années ≤ 10) + (Salaire réf × 1/3 × années > 10)
Les mois incomplets comptent au prorata temporis. Exemple : 10 ans et 4 mois = 10 ans + (4/12) années supplémentaires au taux 1/3.

3. Le salaire de référence : quelle base prendre ?

La loi prévoit deux méthodes de calcul du salaire de référence. L'employeur est tenu d'appliquer la méthode la plus favorable au salarié — sans exception.

Méthode A — Moyenne sur 12 mois
Salaire réf = Rémunération brute totale des 12 derniers mois ÷ 12
Inclut : salaire de base, primes mensuelles, prime d'ancienneté, primes annuelles (13e mois, intéressement…), commissions. Exclut : remboursements de frais, participations.
Méthode B — Moyenne sur 3 mois
Salaire réf = Rémunération brute totale des 3 derniers mois ÷ 3
Les primes annuelles versées sur cette période sont prises en compte intégralement — ce qui peut rendre cette méthode défavorable si une grosse prime a été versée. Les heures supplémentaires du trimestre sont incluses.

Exemple comparatif : salarié à 2 500 € brut/mois + prime annuelle 3 000 €

MéthodeCalculSalaire de référenceRésultat
A — 12 derniers mois(30 000 + 3 000) ÷ 122 750 €Plus favorable ✓
B — 3 derniers mois(7 500 + 0) ÷ 32 500 €Moins favorable

Dans cet exemple, la méthode A est plus favorable car elle intègre la prime annuelle. L'employeur doit obligatoirement retenir 2 750 €.

4. Tableau des indemnités selon l'ancienneté

8 mois Ancienneté minimale pour ouvrir le droit à l'indemnité
10 ans Seuil légal — changement de taux (1/4 → 1/3 de mois)
Illimité Plafond légal — aucun plafonnement d'ancienneté dans la loi

Exemple avec un salarié dont le salaire de référence est 2 500 € brut/mois :

AnciennetéCalcul détailléIndemnité
1 an2 500 × 1/4 × 1625 €
3 ans2 500 × 1/4 × 31 875 €
5 ans2 500 × 1/4 × 53 125 €
10 ans2 500 × 1/4 × 106 250 €
12 ans(2 500 × 1/4 × 10) + (2 500 × 1/3 × 2) = 6 250 + 1 6677 917 €
20 ans(2 500 × 1/4 × 10) + (2 500 × 1/3 × 10) = 6 250 + 8 33314 583 €

5. Les indemnités conventionnelles : quand s'appliquent-elles ?

La convention collective nationale (CCN) applicable à l'entreprise peut prévoir une indemnité de licenciement supérieure à l'indemnité légale. Dans ce cas, c'est toujours l'indemnité la plus favorable au salarié qui s'applique — qu'elle soit légale ou conventionnelle.

Il est donc indispensable de vérifier systématiquement la CCN applicable avant tout calcul d'indemnité.

Convention collectiveCalcul conventionnelPlus favorable que légal ?
HCR (restauration) — IDCC 19791/10e par année + 1/15e après 10 ansNon, généralement moins favorable
Métallurgie 2023Barème spécifique par groupe de classificationParfois oui, selon le groupe et l'ancienneté
Syntec — IDCC 14861/3 de mois par année, plafonnée à 6 moisOui pour les cadres de longue ancienneté
Méthode recommandée : Calculez d'abord l'indemnité légale, puis l'indemnité conventionnelle. Retenez le montant le plus élevé des deux. Ne prenez jamais pour acquis qu'une CCN est toujours plus favorable — cela dépend du profil exact du salarié.

6. Cas pratiques : 3 profils types PME

Cas A — Employée de commerce, 4 ans d'ancienneté

Salaire de référence : 1 900 € brut/mois. Aucune prime significative — les deux méthodes donnent un résultat similaire.

Calcul cas A
1 900 € × 1/4 × 4 ans = 1 900 €
Totalité en tranche 1/4 (ancienneté inférieure à 10 ans). Indemnité brute due : 1 900 €.

Cas B — Technicien industrie, 11 ans d'ancienneté

Salaire de référence : 2 800 € brut/mois. Calcul sur deux tranches.

Calcul cas B
Tranche ≤10 ans : 2 800 € × 1/4 × 10 = 7 000 €
Tranche >10 ans : 2 800 € × 1/3 × 1 = 933 €
Total : 7 000 + 933 = 7 933 €

Cas C — Cadre, 15 ans d'ancienneté

Salaire de base : 4 000 € brut/mois + prime annuelle 12 000 €. La méthode 1/12e (méthode A) est plus favorable : (48 000 + 12 000) ÷ 12 = 5 000 € de salaire de référence. Mais les primes peuvent être élevées certaines années — vérifiez toujours les deux méthodes. Dans cet exemple, avec salaire réf retenu à 4 200 € (méthode la plus favorable selon les données exactes) :

Calcul cas C
Tranche ≤10 ans : 4 200 € × 1/4 × 10 = 10 500 €
Tranche >10 ans : 4 200 € × 1/3 × 5 = 7 000 €
Total : 10 500 + 7 000 = 17 500 €
La méthode 1/12e (intégrant les primes) a été retenue car plus favorable au salarié.

7. Ce que les PME oublient souvent

Les erreurs de calcul d'indemnité de licenciement sont fréquentes en PME. Voici les pièges les plus courants :

Risque juridique : Une indemnité de licenciement mal calculée (en défaveur du salarié) expose l'employeur à un rappel de salaires devant le Conseil de prud'hommes, assorti d'éventuels dommages et intérêts. La charge de la preuve du montant correct repose sur l'employeur.
Calcul indemnité de licenciement en PME
Un calcul rigoureux de l'indemnité de licenciement protège l'employeur d'un contentieux prud'homal.