La rupture conventionnelle homologuée est devenue le mode de séparation à l'amiable le plus utilisé en France : près de 500 000 par an. Pour une PME, elle offre une alternative souple au licenciement, à condition de respecter scrupuleusement la procédure. Une erreur de délai ou un CERFA mal rempli peut entraîner la nullité de la convention et une requalification coûteuse.

Signature d'une rupture conventionnelle en entreprise
La rupture conventionnelle repose sur le consentement libre et éclairé des deux parties — toute pression vicie la convention.

1. Qu'est-ce que la rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle homologuée est un mode de rupture du CDI qui repose sur un accord mutuel entre l'employeur et le salarié. Elle est régie par les articles L1237-11 et suivants du Code du travail.

« L'employeur et le salarié peuvent convenir en commun des conditions de la rupture du contrat de travail qui les lie. La rupture conventionnelle, exclusive du licenciement ou de la démission, ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties. » Article L1237-11 du Code du travail

Trois principes fondamentaux gouvernent la rupture conventionnelle :

2. La procédure en 4 étapes

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Au moins un entretien préalable

L'employeur et le salarié doivent se réunir dans au moins un entretien pour convenir des conditions de la rupture. Il n'existe pas de délai minimum entre la convocation et l'entretien. Le salarié doit être informé de sa possibilité d'être assisté lors de cet entretien (par un membre du personnel ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller du salarié inscrit sur la liste préfectorale). L'employeur peut également se faire assister.

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Signature de la convention CERFA n°14598*03

La convention est formalisée sur le formulaire officiel CERFA n°14598*03, disponible sur le site du ministère du Travail et sur TéléRC. Elle doit mentionner : la date de fin du contrat souhaitée (qui ne peut pas être antérieure au lendemain de l'homologation), le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, et les signatures des deux parties avec la date. Un exemplaire original est remis à chaque partie.

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Délai de rétractation de 15 jours calendaires

À compter du lendemain de la signature de la convention, chaque partie dispose d'un délai de 15 jours calendaires pour se rétracter, sans avoir à justifier de motif. La rétractation doit être adressée à l'autre partie par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remise en main propre contre décharge. Passé ce délai, la convention est définitive.

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Demande d'homologation à la DREETS

À l'issue du délai de rétractation, l'une des parties (généralement l'employeur via TéléRC) adresse la demande d'homologation à la DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités). La DREETS dispose d'un délai de 15 jours ouvrables pour instruire la demande. Le silence vaut accord d'homologation. En cas de refus, il est motivé et les parties peuvent régulariser ou saisir le Conseil de prud'hommes.

Durée totale minimale de la procédure : Entre l'entretien et la date effective de rupture, comptez environ 4 à 5 semaines incompressibles (délai de rétractation 15 jours calendaires + homologation 15 jours ouvrables + au moins 1 jour après homologation).

3. Le calcul de l'indemnité spécifique de RC

L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement. Son calcul est progressif selon l'ancienneté.

Calcul de l'indemnité minimale de rupture conventionnelle
Pour les années ≤ 10 ans : 1/4 de mois de salaire × nombre d'années
Pour les années > 10 ans : 1/3 de mois de salaire × nombre d'années au-delà de 10 ans
Le salaire de référence est le plus favorable entre : la moyenne des 12 derniers mois de salaire brut (1/12e) OU la moyenne des 3 derniers mois. Les primes et gratifications annuelles sont incluses au prorata. Les heures supplémentaires structurelles sont prises en compte.
Exemple chiffré — Salarié avec 7 ans d'ancienneté
Salaire de référence : 2 800 €/mois
Ancienneté : 7 ans (≤ 10 ans → taux 1/4)
Indemnité minimale : 2 800 × 7 × 1/4 = 4 900 €
Les parties peuvent convenir d'une indemnité supérieure à ce minimum légal. Cette sur-indemnité reste exonérée de charges sociales et d'IR dans les mêmes limites que l'indemnité légale.

4. Tableau comparatif : rupture conventionnelle vs licenciement

CritèreRupture conventionnelleLicenciement
Accord du salarié requisOui (obligatoire)Non
Motif à justifierNonOui (réel et sérieux)
Montant indemnité≥ indemnité légale licenciementIndemnité légale ou conventionnelle
Droits ARE (chômage)OuiOui
Préavis à effectuerNonOui (sauf dispense)
Durée de la procédure~4 à 5 semaines min.1 à 2 mois selon motif
Délai de contestation12 mois à compter de l'homologation12 mois à compter de la notification

5. Fiscalité et charges sociales de l'indemnité

L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle bénéficie d'un régime social et fiscal favorable, sous certains plafonds.

Au-delà des plafonds : La fraction de l'indemnité qui dépasse les seuils d'exonération est soumise à l'impôt sur le revenu et aux cotisations sociales dans les conditions de droit commun. Il convient donc d'évaluer l'impact fiscal global avant de négocier une indemnité supra-légale élevée.

6. Les cas particuliers à surveiller

Salarié protégé (élu CSE, délégué syndical, représentant syndical) : La rupture conventionnelle avec un salarié protégé nécessite l'autorisation préalable de l'inspecteur du travail. La demande d'autorisation se substitue à la demande d'homologation auprès de la DREETS. L'inspecteur du travail dispose de 15 jours ouvrables pour statuer. En cas de refus d'autorisation, la convention est nulle.
Inaptitude reconnue par le médecin du travail : La rupture conventionnelle n'est pas possible lorsque l'inaptitude du salarié a été constatée par le médecin du travail. Dans ce cas, l'employeur doit obligatoirement mettre en œuvre la procédure de licenciement pour inaptitude (avec ou sans reclassement selon l'origine professionnelle ou non). Toute RC signée dans ce contexte est nulle.

Salarié en accident du travail ou maladie professionnelle : La RC est théoriquement possible mais la jurisprudence est très vigilante sur le contexte. Si la rupture est conclue sous pression liée à l'état de santé du salarié, elle peut être annulée pour vice du consentement. Il est fortement recommandé d'attendre la consolidation avant d'engager les discussions.

7. Les erreurs fréquentes des PME